Introduction à l'érotisme avec Octave Uzanne

« L’amour n’est qu’une étape, un arrêt momentané sur la route de la vie. »

« Prenez l’amour d’une femme pour enclume ; plus vous le frapperez, plus il sera brillant et fort. »

« Sans l’amour, qu’est-ce que la vie ? C’est un dîner sans cure-dent. »

 

Quelle peut bien être la conception de la femme et de l’amour, d’un homme qui tient de tels propos ?

Octave Uzanne appartient à l’espèce des célibataires. Amoureux des femmes, voire même obsédé par la figure féminine et par l’amour, il s’affirme d’ailleurs « aussi profond misogame que très ardent gynécophile ». On peut le qualifier d’éroto-spiritualiste fervent défenseur de son école individualiste et des doctrines de celles-ci, dont il se fait à plusieurs reprises le conférencier, le critique, l’historien ou l’éditeur. Il parle certes de célibat, des savoureux apanages de la Vie de Célibe, mais aussi de misogamie transcentale

Pour lui, le célibataire est un « curieux d’un esprit très étendu sur les nobles perspectives d’une vie fièrement conçue et qui se sentent incapables de cuisiner, dans la monotonie des liaisons légitimes scellées et soldées, toutes les turpitudes et vilenies des associations reconnues d’utilité publiques». Il les dépeint comme des « personnels à l’extrême, se jugeant trop dominateurs pour abdiquer la moindre partie de leur intégrité individuelle et trop indépendants pour emprisonner leurs fantaisies […](qui) s’efforcent de ne laisser entamer par aucune de ces sottes concessions à la sociabilité générale, qui ne font que produire des idées courantes semblables à ces pièces de menue monnaie, fusées, amincies et polies par l’usage, dont la frappe d’origine a totalement disparu. » Pour lui, ce qui doit primer, c’est ce « divin Amour qui est la création morale la plus immense et la plus attachante de l’humanité, et dont on ne peut soutenir la sublime ivresse que dans l’absolue liberté de l’union ». Notre auteur ne voit en effet dans le mariage qu’un contrat civil – perfide contrat social –, une triste union cérémonieusement notariée, dans lequel il ne perçoit qu’un obstacle à l’amour, un rocher rude et stérile qui éloigne du« mystère profond de vrais bonheurs bien clos et calfeutrés » qui rend l’amour si savoureux.

Alors que selon lui, la plupart des hommes ne sont que des mâles, des êtres gouvernés par l’instinct d’une brusquerie aveugle qui ne comprennent ce que c’est que d’aimer, ni surtout comment ils doivent aimer, les femmes, « possède infiniment mieux et plus intimement que l’homme le sens de la vie à deux ». Bien qu’ayant un cœur d’un équilibre moins parfait, la femme moderne a une vision romantique de l’amour et conçoit encore idiosyncratiquement l’Amour comme l’essentiel Soleil de la vie. Elle songe secrètement que cet Amour primordial est toute l’existence et que tout le reste n’est que remplissages !

Si la femme a donc l’esprit volage, si elle est inconstante, curieuse du nouveau et aspire vers les au-delà de la vie routinière et fade, c’est à cause de « ce manque de proportion numérique entre celles qui ont la conscience d’un amour supérieur et affiné et la faible minorité des hommes aptes à les comprendre, ou pour le moins à réaliser leur merveilleuse conception idéale de la vie ». Les célibataires, amoureux libres et sincères seraient-ils donc l’alternative à ce manque ; la solution pour célébrer, sentir l’Amour ?

 

Ref. : Préface d’Octave Uzanne à Du Mariage d’un philosophe du xviiie siècle ; Bric-à-brac de l’amour, Le Calendrier de Vénus et Le célibat et l’amour d’Octave Uzanne