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Ayant su s’entourer des plus grands illustrateurs et graveurs de son époque, les livres de Uzanne – que ce soit en qualité d’auteur ou d’éditeur – se présentent à leurs lecteurs autant comme des récits visuels que comme des ouvrages de textes. Octave Uzanne donne en effet dans ses publications une place singulière à l’illustration, et à l’illustrateur.
Il, repousse tout effet de « justaucorps » ; en tant qu’auteur, il n’aime aucunement « se sentir emboîter le pas de trop près par un zèle fidèle et intempestif. » Bien que dirigeant ses illustrateurs le plus souvent vers des « débauches d’art mignon […] d’un goût à la fois maniéré et exquis », il désire d’eux une interprétation ingénieuse, voire même fantaisiste de ses mots. Et cela, même au risque que les deux récits ne s’ajustent guère, ne disent pas la même choses ; mais ainsi, qu’ils révèlent une « idée assez maniérée et trop rebelle pour consentir à se laisser prendre mesure », une idée que l’auteur n’aurait osé exprimer ou à laquelle il n’aurait pas penser. L’illustrateur fait part de sa lecture et l’inscrit en réponse aux mots de l’écrivain. Cette lecture, le lecteur peut en enrichir sa lecture. Elle est aussi pour l’auteur, comme l’audition de son texte, “écrit” par la voix d’un autre. L’illustrateur serait ce seul lecteur qui pourrait lui “offrir” quelque chose ; lui donner un retour concret de sa lecture, de son point de vue sur le sujet.
Désirant avant tout lire la pensée d’un esprit indépendant, il essaie de laisser le plus de liberté possible – pour ne pas dire une totale liberté – à ses illustrateurs. Ainsi, pour Le Miroir du monde, Uzanne va même jusqu’à ne donner « que l’ombre de sa pensée avec la projection d’un éclairage lointain », une image assez flou de son propos, en espérant dévoiler, par la confrontation de ces deux “graphies” que sont l’écriture, le tracé des mots, et le dessin, des choses inexprimées.
Pour lui, l’alliance de l’image est du texte ne peut-être parfaite résonance. Tous deux étant art, c’est-à-dire, des expressions « subjectives » et « altières », ils ne peuvent être soumis à l’interprétation sans métamorphose. La sonorité des Arts serait pour lui comme le mariage en amour : impossible, destructeur. Il affirme en effet que « le mariage de la plume et du crayon, de l’art idéologique et de l’art graphique, en parfaite communion d’expression et de sentiment, ne sera jamais qu’une franche utopie. Il ne peut y avoir entre eux qu’une sorte d’union libre avec vagabondage et infidélité à distance.»

Propos de l’auteur, relevés dans Miroir du monde, note et sensations de la vie pittoresque, paru en 1888 et dans Les ornements de la femme, édition de 1892.